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Dans Les Derniers Episodes

Efc

16 juillet 2007 1 16 /07 /juillet /2007 15:59

Petites histoires tragiques partie [6]

Il s’était assis sur le bord du lit, les larmes aux yeux. Deux heures plus tard, il était parti pour sa consultation. Il allait à l’hôpital. Il s’était fait opérer une semaine auparavant, n’avait plus tout à fait la même tête, les joues encore gonflées et lardées de grandes traces jaunes. Il se remettait lentement du calvaire de ces six derniers jours. On l’avait annoncé au docteur qui le prit cinq minutes plus tard. Il examina les plaies qui cicatrisaient avec peine, commentant, monologuant, ponctuant ses phrases de « bien, bien » entendus. Il s’assit sur la chaise qui faisait face à son bureau et entreprit de chercher les résultats d’analyses complémentaires. Sa bouche était sèche, et on voyait sa langue se coller et se décoller de son palais pour produire un langage commun. Les lettres s’agencèrent horriblement, dévoilant un vacarme à faire peur. Il avait peur. Le cœur fit un bond puis s’arrêta, le cerveau ne suivait plus, le seul mot fixait sa mémoire entière, capable de suspendre un moment toute l’activité immonde du monde. Il se lacérait le visage, pleurait, criait mais le docteur continuait à prononcer son discours morbide, impassible. Enfin, quand il eut fini, une infirmière arriva. Ils se regardèrent, lui le docteur, elle la blouse blanche sans mots. Elle n’avait pas de cernes et ses bras faisaient du bruit tandis qu’ils le hissaient sur un arbre tout proche. On lui apporta un café, sans lait, deux sucres. Mais ils auraient dû savoir qu’il ne savait plus boire depuis des jours. Ses joues gonflèrent un peu plus. Le jaune devint violet, ses mains se crispèrent et il enroula de ses bras le tronc magistral. Les deux blouses partirent loin, lui se tenait au dessus du vide, laissant pendre ses jambes par-dessus les branches. Ils le savaient, et ils ne faisaient rien. Un jour plus tard, on revint chercher sa carcasse, il s’était décomposé durant la nuit, et restait au milieu de ses os une petite boule blanche autrefois irriguée par ses veines. Elle n’était pas plus grosse que son poing et se cachait dans son bas crâne. On la coupa en deux et les savants la mangèrent, la broyant avec leurs pierres tombales.

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Published by MWASINONTWA - dans - Textes
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